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Se faire chier au boulot

mardi 23 décembre 2008, par Berhu

Quoi de plus banal ?

Crise structurelle du capitalisme manifeste en cette fin 2008 ou ralentissement économique propre à toute fin d’année ? Toujours est il que ma boite mail ne sonne plus, mon téléphone semble déconnecté.

« Qu’il s’agisse d’un travail utile ou, comme c’est plus souvent le cas aujourd’hui, absurde, voire nuisible pour tout le monde sauf pour les actionnaires, qu’on le pratique dans des conditions matérielles et relationnelles correctes ou infernales, on l’occupe uniquement, ou avant tout, par nécessité économique » [1]

Salarié d’un p’tit éditeur de logiciels, mon travail [2], grandement absurde et parfois nuisible, prends toute sa saveur au vu des conditions relationnelles misérables dans lesquels il s’effectue ; Bagnoles et télévisions comme seules sources de conversations.

Mais le plus flippant face à l’absence de taches et la contrainte physique de rester devant son ordi est la confrontation brutale avec la stochastique du cerveau.

Toutes les 10 min retourner voir s’il n’y aurait pas du nouveau sur rezo, essayer d’apprendre un nouveau langage de programmation inutile ; Pour se dire, après avoir observé d’un oeil goguenard les mêmes sites d’actus, que ce semble être la bonne occase de s’autoformer en ethnomusicologie, sociologie de combat, philosophe présocratique, cuisine tahitienne,...

Un espoir forcené me range à l’avis que cette frénésie n’est pas singulière à ma personne.

Les astuces de survie en entreprise diffèrent si l’on a une culture plus TF1 ou plus ultra-gauche-anarcho-autonomo-caténairophage. Nourrit de la deuxième et évoluant dans un milieu plutôt marqué par la première je ne peux partager mon questionnement sur la nécessité de toujours mieux occuper son temps.

« Il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir »
Albert Camus.


[2du latin tripálĭum : Instrument de torture à trois pieux utilisé par les Romains de l’Antiquité pour punir les esclaves rebelles

Messages

  • Je découvre sur le tard (mais avec plaisir) cet petit instant de vérité partagée... Je prolonge tout de même cette discussion sur la lenteur, lentement donc.

    Le potentiel révolutionnaire de l’ennui est largement sous estimé ; souvent (presque toujours) gâché aussi. La vitesse de notre déplacement ordinaire nous empêche de percevoir la matière dans laquelle est bâti notre environnement et notre personnage : Du carton pâte de mauvaise qualité. Peut être même moins encore : Du vent made in China... Heureusement, parfois, la machine s’arrête d’elle même... Le téléphone ne sonne plus... Pas de mail à se mettre sous la dent... Dans l’espace vide de l’ennui se révèle ce que nous sommes, et à bien y regarder, le bilan n’est pas glorieux : Je suis un employé de bureau insipide, insatisfait, dont la plus grande gloire est d’avoir réussi à payer son loyer sans jamais manquer un mois (C’est mon propriétaire qui doit être content). En cet instant déçu, deux chemins me tendent les bras. L’un est profondément révolutionnaire, l’autre est à quelque chose près une anesthésie générale.
    L’anesthésie consiste à remplir : Devenir quelqu’un d’autre, surtout, ne pas être soi même. Profiter de ce temps libre qui nous tombe dans les bras pour apprendre quelque chose qui fera peut être de nous un héros, un amant d’exception, un maître de conférence ou un milliardaire, que sais-je... Dans le fond, il s’agit de reproduire intérieurement tout ce qui fait que notre monde extérieur s’effondre aujourd’hui : Spéculer, fructifier, croître... De même qu’on ne laisse pas dormir son argent sur un compte à bas intérêt, on ne doit surtout pas perdre notre temps. L’ennui, c’est le signe que notre temps ne fructifie pas, c’est le moment de vendre et d’acheter ailleurs, là où ça bouge. Car tout le paradoxe est là : C’est dans le mouvement que réside l’endormissement.
    La révolution consiste justement à prolonger la pause, à continuer de se faire chier, mais sous une perspective nouvelle, révolutionnaire : Avec joie, enthousiasme, mais surtout, avec confiance et dignité. Alors que le monde entier s’échine à me vendre l’image d’un homme comblé, cultivé, occupé, amoureux, sportif, charismatique, bon père, je choisis finalement de ne pas acheter ce produit clinquant, non pas pour en acheter un autre, mais pour embrasser pleinement ce que je suis. Je suis un homme, je m’ennuie parfois. Il m’arrive d’avoir mauvaise haleine, mais aussi d’être beau. Des fois, je bande mou... Et on peut bander mou dignement, bref, être fier d’être en toute simplicité. Bien sûr, il ne s’agit pas de faire preuve de complaisance, ou de devenir des esclaves heureux. L’immobilisme peut être tout aussi dangereux que le mouvement à outrance. Mais il s’agit prendre garde à ne pas devenir l’esclave d’un dictateur transparent, subtil, destructeur : L’envie perpetuelle d’être ailleurs, d’être quelqu’un d’autre, d’être plus. Ces pensées nous coupent du bonheur et de la fierté d’être humain, et nous pousent à servir, à entretenir, à nourrir un système vampirique et meurtrier.

    Ainsi, lorsqu’il n’y a plus rien à faire, ne rien faire. Rester libre. Respirer. C’est chouette de respirer, ça peut même être drôle si on y fait attention. C’est sûr que socialement, ce n’est pas le genre d’activité qui aide à briller dans les salons. N’empêche que ça nous fait vivre. Alors qu’écrire une thèse sur le rôle de la pintade dans les rites funéraires en Nouvelle Calédonie, même si c’est plus pratique pour emballer, on peut presque s’en passer...

    Bon, la prochaine fois que je m’ennuie au bureau, j’essaie de ne pas poster de commentaire sur un blog. La révolution est en marche camarade !

    • Moi ce que je découvre sur le tard c’est ton commentaire.
      Splendide !

      Je t’achète, je te vole, je t’adopte ... en gros j’ai besoin de toi.

      Une âme révolutionnaire peut être interessante mais c’est pas ce qui m’intéresse le plus chez toi, ce que je veux c’est ta capacité d’analyse, de synthèse, ta synthaxe et ton militantisme.

      Pour quoi faire ?

      Pour nous aider a monter un site sur le thème de la révolution passive et de l’activisme anti mode. Ne restreint pas ce champ a la mode vestimentaire, non, on parle ici de courants de culture artificiels, de soumission abrutissante, de manipulation a grande échelle.

      On est pas des révolutionnaires, on est juste des observateurs, on décrypte et on met à jour des phénomènes de masse, on laisse les autres se poser leurs questions et s’ils le souhaitent les partager.

      Si ca t’interesse réponds moi sur ce blog.

      Merci pour ce blog d’ailleurs ... et cet article dans lequel je me suis retrouvé.

      Slaine

  • bon article et commentaire originale

    agréable paranthèse dans cet apres midi d’ennui, merci :)

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